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JOURNAL DES SCIENCES MILITAIRES.
Janvier 1883.
LA CRYPTOGRAPHIE MILITAIRE.
« La cryptographie est un auxiliaire
puissant de la tactique militaire. » (Général Lewal,
Études de guerre.)
I. LA CRYPTOGRAPHIE DANS L’ARMÉE
A. Notions historiques.
La Cryptographie ou l’Art
de chiffrer est une science vieille comme le monde ; confondue à son
origine avec la télégraphie militaire, elle a été cultivée, dès la plus haute
antiquité, par les Chinois, les Perses, les Carthaginois ; elle a été enseignée
dans les écoles tactiques de la Grèce, et tenue en haute estime par les plus
illustres généraux romains [1].
Depuis la modeste scytale des
Lacédémoniens et les trucs inventés ou rapportés par Æneas-le-Tacticien [2],
jusqu’au fameux tonneau de Kessler [3],
les hommes de guerre ont imaginé bien des procédés pour transmettre au loin des
ordres secrets, ou pour mettre leurs instructions à l’abri des investigations
et des surprises de l’ennemi.
Nous ne possédons cependant que des
renseignements fort incomplets sur les procédés cryptographiques proprement
dits en usage chez les anciens ; en dehors des Commentaires d’Ænéas, on ne
rencontre au sujet de la question qui nous occupe, que des passages isolés dans
Polybe [4],
Plutarque [5],
Dion Cassius [6],
Suétone [7],
Aulu-Gelle [8],
Isidore [9]
et Jules l’Africain [10].
Pendant le Moyen-Age, la
cryptographie n’a guère été cultivée que par les moines et les cabalistes, et
encore, là où elle a servi à un but pratique quelconque, les inventeurs ont-ils
plutôt cherché à donner le change sur le sens des communications transmises,
qu’à imaginer des méthodes de correspondance plus ou moins indéchiffrables ;
c’est qu’en ces temps d’ignorance ombrageuse, il était tout aussi dangereux de
correspondre dans un langage mystérieux ou indéchiffrable, que d’écrire en
clair les secrets les plus compromettants.
Même au xviie
siècle, le simple fait d’avoir correspondu en caractères secrets était encore
considéré comme circonstance aggravante par les tribunaux anglais ; ainsi dans
le fameux procès intenté au comte de Sommerset, pour crime d’empoisonnement, le
chancelier Bacon releva, comme une charge grave contre le noble accusé, son
habitude d’écrire en chiffres à ses amis.
C’était donc de la stéganographie
que pratiquaient nos pères, artificium sine secreti latentis suspicione
scribendi, plutôt que de la cryptographie, dans le sens que nous
attachons aujourd’hui à ce mot. On peut lire dans les œuvres du jésuite Schott [11]
et dans un vieux traité de cryptographie du duc de Brunswick [12],
les mille artifices qu’ils ont successivement inventés. Ce n’est qu’à partir de
la Renaissance que la cryptographie devient un art véritable, ars occulte
scribendi, comme on disait, et qu’elle acquiert une certaine importance
dans les correspondances des princes avec leurs ambassadeurs, et dans les
relations des grands seigneurs avec leurs affidés.
On a vu, par ses lettres adressées
au landgrave de Hesse, publiées il y a quelques années par de Rommal, que Henri
IV aimait à se servir d’un chiffre pour sa correspondance intime.
On sait également que Henri IV ayant
fait intercepter quelques lettres chiffrées adressées par des membres de la
Ligue au gouvernement espagnol, chargea le mathématicien Viète d’en trouver la
clef. Celui-ci y réussit, et le roi put ainsi, pendant près de deux ans,
surveiller les intrigues de ses ennemis.
Sous Richelieu, l’art de
déchiffrer les écritures secrètes s’éleva presque à la hauteur d’une
science d’État ; au dire du maréchal de camp Beausobre [13],
le ministre des affaires étrangères avait même une académie où elle était
enseignée [14].
Soutenu par les largesses des gouvernants, encouragé par l’absence de probité
politique qui caractérise les règnes suivants, l’art de déchiffrer a continué,
jusqu’à la révolution de Juillet, d’être cultivé avec un égal succès par les
espions de la cour et les hommes du cabinet noir.
Je n’ai pu cependant trouver des
traces bien nettes de l’emploi de la correspondance cryptographique dans
l’armée, au xvie siècle ; mais on
sait positivement que, dès le xviiie
siècle, les ordres ne se transmettaient aux généraux commandant sur les
frontières ou en pays ennemi, que par chiffres [15].
Dans les récits des guerres du
premier Empire, il est souvent question de communications cryptographiques ;
les généraux avaient deux clefs pour correspondre entre eux et avec
l’état-major général : le grand chiffre et le petit ou chiffre
banal. Le baron Fain, le secrétaire de Napoléon Ier, rapporte
que pendant la guerre de Russie l’Empereur entretenait des correspondances
chiffrées [16].
On sait également que, pendant la guerre d’Espagne, un Espagnol trouva moyen de
dérober le chiffre de Suchet, et s’en servit pour faciliter à ses compatriotes
la reprise de Mequinenza et de Lerida.
Aujourd’hui, la correspondance par
chiffres secrets est adoptée dans toutes les armées de l’Europe; mais elle
n’est encore appliquée d’une façon systématique que dans les bureaux des
chancelleries.
B. État de la question.
Les Allemands posent en principe que
la correspondance cryptographique doit être employée de la manière la plus
étendue ; les programmes de leurs écoles militaires prescrivent non seulement
d’exercer les officiers à la composition et à la lecture des dépêches secrètes,
mais encore de les initier à la connaissance de tous les principes théoriques
de l’art de déchiffrer.
L’article 32 du règlement du 19
janvier 1874 porte également que les dépêches militaires doivent, autant que
possible, être chiffrées.
On pourrait donc s’étonner au
premier abord que, à de rares exceptions près, l’usage de la correspondance
chiffrée soit encore limité aujourd’hui, dans l’armée française, aux
commandants en chef. Mais un système de cryptographie « d’un emploi facile
et sûr est une lacune, » dit le général Lewal, « qui a toujours existé
dans notre armée [17]. »
L’ancien commandant de l’École supérieure de guerre ajoute, il est vrai, qu’il
existe bien des procédés à cet effet, et qu’il suffirait d’en adopter un « qui
fût à la fois portatif et d’un usage à la portée de tous ; » mais certaines
déceptions, éprouvées par l’état-major dans notre récente campagne de Tunisie,
aussi bien que les méthodes enseignées et préconisées dans nos hautes écoles
militaires, ne feraient-elles pas supposer qu’il existe une singulière analogie
entre ce système facile et sûr et la pierre philosophale des anciens
chimistes ?
Nos meilleurs généraux sont bien
d’avis, aujourd’hui, qu’il est indispensable que les différents commandants
d’une armée aient à leur disposition un système de communications secrètes pour
correspondre librement, non seulement entre eux et avec leur commandant en
chef, mais encore avec leurs lieutenants ; ainsi, le tacticien que je viens de
citer pense qu’il faudrait pourvoir d’un chiffre en temps de paix comme en
temps de guerre, les généraux, les chefs de régiment ou de service, tous les
commandants de colonne et de poste. Il ajoute même, et avec raison, qu’il
faudrait, durant la paix, exercer nos officiers au maniement de cette
correspondance.
« C’est une affaire à prévoir et à
régler avant la guerre, dit-il ; « une fois les opérations commencées il est
trop tard pour y songer. D’ailleurs, même en paix, on a besoin, et à chaque
instant, de correspondre secrètement. »
On lit dans les Recherches
historiques sur l’art militaire du général Bardin [18]
que l’usage des chiffres s’était éteint au milieu de la conflagration de 1814,
et que, lorsque Napoléon voulut réunir au noyau de l’armée toutes ses garnisons
de l’étranger et plusieurs grandes garnisons françaises, ce fut en pur et clair
français que Feltre et Berthier expédièrent ses ordres ; aussi, peu de dépêches
parvinrent à destination, l’ennemi s’empara de la plupart. « Peut-être, dit
Bardin, le sort de la France et la face de l’Europe ont-ils dépendu de la
désuétude de la cryptographie ! »
Mais il ne suffit pas d’avoir un
chiffre de correspondance secrète, il faut encore qu’il présente des garanties
sérieuses d’indéchiffrabilité ; or, c’est le côté faible de la plupart des
systèmes imaginés jusqu’à ce jour, et là où ce défaut capital a été écarté, on
se trouve en présence d’inconvénients pratiques tout aussi graves. Même au
ministère de la guerre on ne s’est pas montré très heureux jusqu’ici dans le
choix ou la combinaison du chiffre. Ce n’est un secret pour personne que
pendant la guerre turco-russe on reçut, un dimanche, d’un des attachés
militaires qui suivaient les opérations des armées en lutte, une dépêche
chiffrée qui, par suite de l’absence du chef de bureau chargé de la
correspondance cryptographique, ne put être déchiffrée. Le Ministre, qui
ignorait la clef de la dépêche, ne crut alors pouvoir mieux faire que de prier
un des officiers de l’état-major d’en essayer le déchiffrement sans clef :
au bout de quelques heures le cryptogramme était traduit ! Heureusement pour le
secret de la correspondance, l’habile déchiffreur était le fils du Ministre
lui-même [19].
On a pu voir par les articles
nécrologiques publiés en 1879 dans les journaux allemands, à l’occasion de la
mort du capitaine Max Hering, le chef du service télégraphique, qui découvrit
en 1870 le câble de la Seine, quels services a rendus aux assiégeants l’absence
d’un système sûr de correspondance secrète entre l’armée de Paris et les
généraux de la province.
Je ne sais ce qu’il faut penser des
affirmations des journalistes d’outre-Rhin ; mais lorsque je vois des juges
autorisés déclarer que la cryptographie est un « auxiliaire puissant de la
tactique militaire, » et que je songe que les destinées d’un pays, le sort
d’une ville ou d’une armée, pourraient à l’occasion dépendre de la plus ou
moins grande indéchiffrabilité d’un cryptogramme, je suis stupéfait de voir nos
savants et nos professeurs enseigner et recommander pour les usages de la
guerre des systèmes dont un déchiffreur tant soit peu expérimenté trouverait
certainement la clef en moins d’une heure de temps.
On ne peut guère s’expliquer cet
excès de confiance dans certains chiffres que par l’abandon dans lequel la
suppression des cabinets noirs et la sécurité des relations postales ont fait
tomber les études cryptographiques ; il est également permis de croire que les
affirmations peu mesurées de certains auteurs, non moins que l’absence complète
de tout travail sérieux sur l’art de déchiffrer les écritures secrètes, ont
largement contribué à donner cours aux idées les plus erronées sur la valeur de
nos systèmes de cryptographie.
C’est ainsi que le général Lewal
affirme catégoriquement dans ses Études de guerre [20]
que les chiffres à base variable sont illisibles, ou du moins qu’on n’arrive à
les déchiffrer qu’avec des difficultés inouies ! Et Voltaire lui-même
n’a-t-il pas dit dans un article consacré aux écritures chiffrées, et cela à
l’époque où l’art de déchiffrer était dans toute sa floraison, que « ceux qui
se « vantent de déchiffrer une lettre sans être instruits des affaires « qu’on
y traite, et sans avoir de secours préliminaires, sont de « plus grands
charlatans que ceux qui se vanteraient d’entendre « une langue qu’ils n’ont
point apprise [21] »
Dans la préface du Contr’espion, [22]
où « le citoyen » Dlandol faisait connaître, en 1793, les clefs de quelques
chiffres dont se servaient les royalistes dans leurs correspondances avec les
émigrés, il est dit que « ce n’était pas un des moindres services à rendre à la
patrie dans les circonstances d’alors que d’anéantir par la publicité l’arme la
plus dangereuse des ennemis secrets de la République ». Je crois, à mon tour,
ne pas faire acte de mauvais citoyen en mettant au grand jour un état de choses
qui, pour relever d’un ordre d’idées différent, n’en est pas moins
identique au fond, et dont nos ennemis du dehors ne pourraient un jour que trop
bien et trop aisément tirer parti.
Dans les pages qui suivent,
j’examinerai d’abord les desiderata de tout système de cryptographie
militaire ; puis je dirai quelques mots sur les différents chiffres ;
j’indiquerai ensuite un nouveau procédé de déchiffrement applicable aux
systèmes de cryptographie à base variable les plus usités ; je finirai par
quelques considérations sur les dictionnaires chiffrés et les cryptographes 4[23].
Il faut bien distinguer entre un
système d’écriture chiffrée, imaginé pour un échange momentané de lettres entre
quelques personnes isolées, et une méthode de cryptographie destinée à régler
pour un temps illimité la correspondance des différents chefs d’armée entre
eux. Ceux-ci, en effet, ne peuvent, à leur gré et à un moment donné, modifier
leurs conventions ; de plus, ils ne doivent jamais garder sur eux aucun objet
ou écrit qui soit de nature à éclairer l’ennemi sur le sens des dépêches
secrètes qui pourraient tomber entre ses mains.
Un grand nombre de combinaisons
ingénieuses peuvent répondre au but qu’on veut atteindre dans le premier cas ;
dans le second, il faut un système remplissant certaines conditions
exceptionnelles, conditions que je résumerai sous les six chefs suivants :
1° Le système doit être
matériellement, sinon mathématiquement, indéchiffrable ;
2° Il faut qu’il n’exige pas le
secret, et qu’il puisse sans inconvénient tomber entre les mains de l’ennemi ;
3° La clef doit pouvoir en être
communiquée et retenue sans le secours de notes écrites, et être changée ou
modifiée au gré des correspondants ;
4° Il faut qu’il soit applicable à
la correspondance télégraphique ;
5° Il faut qu’il soit portatif, et
que son maniement ou son fonctionnement n’exige pas le concours de plusieurs
personnes ;
6° Enfin, il est nécessaire, vu les
circonstances qui en commandent l’application, que le système soit d’un usage
facile, ne demandant ni tension d’esprit, ni la connaissance d’une longue série
de règles à observer.
Tout le monde est d’accord pour
admettre la raison d’être des trois derniers desiderata ; on ne l’est plus,
lorsqu’il s’agit des trois premiers.
C’est ainsi que des personnes
autorisées soutiennent que l’indéchiffrabilité absolue du chiffre ne saurait
être considérée comme une condition sine quâ non de son admission dans
le service de l’armée ; que les instructions chiffrées transmises en temps de
guerre n’ont qu’une importance momentanée, et n’exigent guère le secret au delà
des trois ou quatre heures qui suivent le moment où elles ont été données ;
qu’il importe donc peu que le sens d’une dépêche secrète soit connu de l’ennemi
quelques heures après son interception ; qu’il suffit, en un mot, que le
système soit combiné de telle façon que la traduction d’un cryptogramme exige
au moins trois à quatre heures de travail. On ajoute que la possibilité de
pouvoir changer de clef à volonté ôte d’ailleurs au défaut de
non-indéchiffrabilité toute son importance.
Cette argumentation peut, au premier
abord, paraître assez juste ; au fond, je la crois fausse.
C’est en effet, selon moi, oublier
que le secret des communications envoyées à distance conserve très souvent son
importance au delà de la journée où elles ont été transmises ; sans énumérer
toutes les éventualités qui peuvent se présenter, il me suffira de citer le cas
où le commandant d’une ville assiégée envoie des renseignements à l’armée qui
doit la secourir. De plus, une fois qu’un cryptogramme intercepté a pu être
déchiffré, toute nouvelle dépêche, écrite avec la même clef et qui subit le
même sort, peut être lue instantanément. Il arrivera par suite que, pendant un
temps plus ou moins long, des dépêches seront expédiées dans toutes les
directions, dont le déchiffrement se trouvera en quelque sorte fait d’avance :
à moins d’admettre que dans un corps d’armée toutes les instructions chiffrées
émanent d’un seul, ou du moins passent par les mains d’un seul, ce qui serait
réduire la correspondance secrète à un rôle singulièrement modeste.
La faculté de pouvoir changer de
clef à volonté est certainement une condition essentielle de tout système de
cryptographie, mais c’est un avantage trompeur et sur la réalisation pratique
duquel on aurait tort de compter, à travers les mille péripéties d’une longue
campagne.
Quant à la nécessité du secret, qui,
à mes yeux, constitue le principal défaut de tous nos systèmes de
cryptographie, je ferai observer qu’elle restreint en quelque sorte l’emploi de
la correspondance chiffrée aux seuls commandants en chef. Et ici j’entends par
secret, non la clef proprement dite, mais ce qui constitue la partie matérielle
du système : tableaux, dictionnaires ou appareils mécaniques quelconques qui
doivent en permettre l’application. En effet, il n’est pas nécessaire de se
créer des fantômes imaginaires et de mettre en suspicion l’incorruptibilité des
employés ou agents subalternes, pour comprendre que, si un système exigeant le
secret se trouvait entre les mains d’un trop grand nombre d’individus, il
pourrait être compromis à chaque engagement auquel l’un ou l’autre d’entre eux
prendrait part. Rien qu’à ce point de vue il y aurait lieu de condamner
l’emploi du dictionnaire chiffré, qui est en usage aujourd’hui dans l’armée.
On m’objectera peut-être qu’en
admettant le deuxième desideratum, il n’est guère possible d’établir un système
complètement indéchiffrable. Il faut s’entendre : je sais très bien que vouloir
dans ces conditions trouver un système mathématiquement indéchiffrable
est chose mathématiquement impossible ; mais j’affirme, et non sans de bonnes
raisons, que, tout en réalisant les différents desiderata que j’ai énumérés
plus haut, on peut parfaitement combiner des systèmes, sinon
mathématiquement, du moins matériellement indéchiffrables.
Il paraît qu’il est sérieusement
question, au ministère de la guerre, de remplacer le dictionnaire chiffré par
quelque autre système plus pratique. Eh bien ! si l’Administration veut mettre
à profit tous les services que peut rendre un système de correspondance
cryptographique bien combiné, elle doit absolument renoncer aux méthodes
secrètes, et établir en principe qu’elle n’acceptera qu’un procédé qui puisse
être enseigné au grand jour dans nos écoles militaires, que nos élèves seront
libres de communiquer à qui leur plaira, et que nos voisins pourront même
copier et adopter, si cela leur convient le dirai plus : ce ne sera que lorsque
nos officiers auront étudié les principes de la cryptographie et appris l’art
de déchiffrer, qu’ils seront en état d’éviter les nombreuses bévues qui
compromettent la clef des meilleurs chiffres, et auxquelles sont nécessairement
exposés tous les profanes ; alors seulement cet article du règle ment du 19
novembre 1874, que j’ai mentionné plus haut, pourra recevoir une application
pratique et réellement satisfaisante.
III. LES DIFFÉRENTES MÉTHODES DE CRYPTOGRAPHIE.
On peut rapporter les différents
systèmes d’écriture secrète à trois méthodes principales :
1° La méthode qui se borne à une
simple transposition des lettres du texte en clair ;
2° Celle qui fait reposer la
combinaison du chiffre sur une interversion de l’ordre alphabétique des
lettres ;
3° Celle qui représente les
syllabes, les mots, ou même des phrases entières par des nombres ou des groupes
de lettres [24].
A.
Méthode par transposition.
Les systèmes qui reposent sur une
transposition des lettres sont très anciens ; ils permettent des variations
nombreuses et ont servi de base à quelques appareils mécaniques, tels que les
grilles, qui jouissent encore aujourd’hui de la faveur du public [25].
Voici un exemple de transposition
élémentaire : les lettres de la dépêche ont d’abord été transcrites dans leur
ordre naturel sur un certain nombre de lignes d’un nombre déterminé de
caractères, puis on les a recopiées dans un ordre convenu [26] ;
c’est le nombre représentant la seconde disposition qui constitue la clef du
chiffre [27].
Une attaque simulée aura lieu
demain matin à quatre heures.


= u s u q t e e u a t a m l r u e u a
i a e l e a n i e u m i a m d i h r t q n e t a u a u f d c s r e e b a e
Une fois que le déchiffreur se doute
du procédé qui a été adopté, et c’est ce qu’il voit tout de suite à la lettre
E, qui en ce cas revient le plus souvent, le déchiffrement n’est plus qu’une
affaire de tâtonnement. Il suffit dé compter au préalable le nombre des lettres
du cryptogramme et de les décomposer en deux facteurs (55 = 5 × 11) ; l’un
représentera le nombre des lignes horizontales et l’autre celui des colonnes
verticales. Rien que la présence d’un q ou d’un x, le premier
étant toujours suivi et l’autre étant généralement précédé d’un u,
trahit le secret de la clef.
A l’occasion des derniers procès
intentés aux nihilistes, les journaux russes ont fait connaître le chiffre
secret adopté par les accusés : c’est un système de transposition double ; les
lettres, après avoir été une première fois transposées par colonnes verticales,
le sont une seconde fois dans le sens des colonnes horizontales. Le même mot
sert de clef pour les deux transpositions [28] ;
à cet effet, on le transforme en formule numérique, en mettant à la place de
chaque lettre un chiffre arabe, et en s’y prenant de telle façon que la valeur
des chiffres corresponde ait rang des lettres dans le classement alphabétique [29].
Voici le procédé appliqué au mot
Schuvalow :

S’il s’agissait maintenant de
transposer une phrase, comme celle-ci : Vous êtes invité à vous trouver ce
soir, à onze heures précises, au local habituel de nos réunions, on procéderait
d’abord comme dans le cas précédent, puis on reprendrait la même opération pour
les lignes horizontales.


= s c i a u e s e l a v i v o n t e u
v t r e r s o u c a c a b i o l h t n e l o s u d e r, etc.
Quelque compliquée que cette
transposition puisse nous paraître, le déchiffrement d’un cryptogramme, écrit
d’après ce système, ne saurait jamais présenter de difficultés insurmontables
dans les langues où certaines lettres ne peuvent se présenter que dans des
combinaisons déterminées, telles que le q ou le x français. Aussi
les déchiffreurs russes paraissent-ils avoir mené leur besogne à bonne fin dans
un temps relativement court.
Si l’on adopte un système plus
compliqué, il cesse d’être pratique sans devenir pour cela beaucoup plus
difficile à déchiffrer.
J’ai dit que la grille [30]
repose sur le principe de la transposition des lettres ; c’est un procédé
ingénieux, fort usité au siècle dernier, et que les perfectionnements récents
introduits par le colonel autrichien Fleissner paraissent avoir rendu
indéchiffrable [31].
La figure ci-après représente un
ancien modèle : c’est une plaque métallique carrée, à 36 divisions, dont les 9
cases numérotées sont découpées à jour.
Supposons qu’on veuille écrire la
phrase citée en premier lieu, moins les trois derniers mots : on place la
plaque sur une feuille de papier, après y avoir préalablement tracé un carré de
même dimension, et l’on écrit, aux endroits laissés ouverts, les 9 pre

mières lettres de la dépêche ; on fait
tourner ensuite l’instrument de droite à gauche, de manière que le côté BC
prenne la place du côté AB ; on inscrit les 9 lettres qui suivent, et l’on
retourne de nouveau la plaque pour continuer la même opération jusqu’à la 36e
lettre. On aura le cryptogramme suivant, où, pour plus de clarté, j’ai indiqué
par des majuscules les initiales des mots :

=
euunserimmaauatillateiameeaatquiduen.
La grille du colonel Fleissner (neue
Patronen-Geheimschrift)
est le fruit de longues et de patientes recherches, et peut être variée à
l’infini ; mais, outre quelques inconvénients pratiques, elle ne peut, à mon
sens, convenir aux usages de la guerre, par la raison qu’elle exige
impérieusement le secret.
B. Méthode par interversion.
Dans les systèmes qui se rapportent
à la méthode par interversion, il faut distinguer ceux à base invariable,
c’est-à-dire où chaque lettre de l’alphabet est, dans le courant du même
cryptogramme, représenté par le même caractère ou le même signe, et ceux à base
variable, où l’on change d’alphabet à chaque mot ou à chaque lettre. On appelle
communément les premiers systèmes à simple clef, et les seconds systèmes
à double clef.
Les systèmes à simple clef ne
présentent aucune sécurité ; les systèmes à double clef comportent seuls des
combinaisons plus ou moins indéchiffrables.
1° Systèmes à simple clef.
Au point de vue de la forme, les
systèmes à simple clef peuvent être variés à l’infini ; on peut non seulement
combiner l’alphabet normal d’un nombre en quelque sorte incalculable de
manières différentes, mais on peut encore remplacer les caractères
alphabétiques par des nombres, des signes algébriques, astronomiques ou de
fantaisie, ou encore par des groupes de lettres ou de chiffres, et même par des
mots ou des phrases entières. Au fond cependant, et pour le déchiffreur, toutes
ces combinaisons ne constituent qu’un seul et même système tombant sous
l’application d’un même procédé de déchiffrement.
Le système à la fois le plus simple
et le plus pratique est celui qui consiste à changer la valeur des lettres de
l’alphabet d’après une clef convenue.
Nous avons vu, plus haut, comment on
transforme un mot de clef en un nombre de clef; on peut adopter
le même procédé pour établir l’ordre de succession des lettres du nouvel
alphabet. Soit Champigny la clef ; la formule numérique y correspondant
est 241685379. Si nous voulions ordonner l’alphabet cryptographique d’après ce
nombre, nous obtiendrions :


Tournez les positions de l’ennemi
donnerait avec cet alphabet le cryptogramme suivant :
VNSRQHY JHT LNTIVINQT FH JHQQHOI
Ce système est vieux de deux mille
ans ; l’empereur Auguste s’en servait déjà pour écrire à ses enfants [32] ;
et, au dire de Suétone et d’Aulu-Gelle, César lui-même n’avait rien su combiner
de mieux, pour correspondre secrètement avec ses amis, qu’un alphabet où chaque
lettre était avancée de quatre rangs [33].
Aussi se sert-on souvent du terme générique de méthode de Jules César
pour désigner tout système qui repose sur une simple interversion des lettres
de l’alphabet [34].
Il importe peu que les caractères
cryptographiques soient des nombres, des signes de fantaisie ou les lettres
ordinaires de l’alphabet.
La
Bibliothèque nationale possède deux volumes de lettres chiffrées, trouvées
à Offenbourg, par Moreau, dans les fourgons du général autrichien Klinglin,
chargé du service de la correspondance secrète ; dans ces lettres, qui étaient
très compromettantes pour le parti royaliste d’alors, chaque caractère du texte
en clair est figuré par un nombre fixe, formé de deux chiffres arabes, tandis
que la séparation des mots y est indiquée par un zéro. Il est probable que le
général était plus fort en tactique militaire qu’en cryptographie, car il
ignorait évidemment le principe si élémentaire que je viens de rappeler ; il a
cru qu’il suffisait de découper arbitrairement quelques mots pour donner le
change aux déchiffreurs.
Voici, au surplus, la première
phrase d’une de ces lettres, datée du 31 décembre 1795 :
899952450 44520 455625365211250 si ce
n’est la 3152891499 14 255452 44520 2311094259467524594995645 44118934 5294
445234114544520.

= Rien de nouveau, si ce n’est la
certitude de la suspension d’armes demandée.
Je ne puis énumérer ici tous les
systèmes à simple chef ; je dois me borner à citer parmi les anciens auteurs
les noms de Tritheim [35],
Porta [36],
Blaise de Vigenère [37],
Bacon [38],
Hermann [39]
et Mirabeau [40],
qui ont imaginé des alphabets plus ou moins ingénieux, dont on peut trouver la
description dans les traités spéciaux [41].
D’ailleurs, ces inventions ne peuvent avoir pour nous qu’un intérêt purement
archéologique ; elles ne sont pas pratiques, et se déchiffrent toutes, celle de
Hermann exceptée, avec une égale facilité.
2° Déchiffrement des systèmes à simple clef.
Quel que soit le système adopté,
qu’il soit à base invariable ou à base variable, le déchiffrement d’un
cryptogramme dont on n’a pas la clef comporte deux opérations bien distinctes :
un calcul de probabilité et un travail de tâtonnement.
Le calcul de probabilité repose sur
une particularité propre à toutes les langues, à savoir que certaines lettres
reviennent plus souvent que d’autres, et que le rapport de ces répétitions est
exprimé par une moyenne assez constante pour les 9 à 12 principales lettres de
l’alphabet. Ainsi dans les langues française, anglaise et allemande, c’est la
lettre E qui est le plus fréquemment répétée ; en espagnol c’est l’O, en russe
l’A et en italien E et I ; en français, il y a en moyenne un E sur cinq
lettres.
Ainsi, si on avait à cryptographier [42]
une dépêche avec l’alphabet ci-dessous établi sur la clef Orléans, on
saurait d’avance que c’est le chiffre A qui doit revenir le plus souvent.

Votre dépêche a été déchiffrée
donnera, en effet, un cryptogramme où, sur 26 chiffres, le A est répété 9
fois :
ZSRPA BATACLA E ARA BACLMDDPNAA
Un calcul que j’ai fait sur quelques
circulaires du Ministre de la guerre m’a donné une moyenne de 560 consonnes et
440 voyelles sur 1,000 lettres, soit :

Lorsqu’on opère sur des dépêches
d’une ou de deux lignes, on ne peut guère compter que sur l’E, et encore
arrive-t-il quelquefois que le chiffre qui revient le plus souvent est un S, un
R ou un I [43].
Outre la répétition des lettres
prises isolément, il y a à noter leurs diverses combinaisons binaires ou
ternaires, et une foule d’autres particularités, qu’il serait trop long
d’énumérer ici.
Ainsi, pour les combinaisons
binaires de l’E, on rencontre le plus souvent es et en ; viennent
ensuite, et dans l’ordre de leur importance, se, te, et,
de, me, el, em, le.
Je ne parle pas de la composition
même des mots, car un système qui conserverait dans le texte chiffré la
disposition extérieure des mots du texte en clair ne présenterait pas une ombre
de sécurité.
En thèse générale, il suffit, dans
le déchiffrement d’un cryptogramme, de connaître le caractère qui représente la
lettre E, pour être assuré de trouver, soit par calcul, soit par tâtonnement,
la signification de tous les autres. On pourrait même poser en principe que la
valeur d’un chiffre se mesure aux garanties qu’il offre contre la découvert du
signe correspondant à cette lettre [44].
Comme mon but n’est pas tant
d’apprendre au lecteur à dé chiffrer que de lui indiquer la marche suivie par
les déchiffreurs, je me contenterai de lui montrer par un exemple des plus
élémentaires comment on procède pour le déchiffrement d’un texte dont on n’a
pas la clef.
Soit le cryptogramme :

Le caractère qui se rencontre le
plus souvent est b ; je dis qu’il doit correspondre à la lettre E, et je
fais le raisonnement suivant :
N° 3. BOB : en fait de trigrammes
commençant et finissant par un e, il n’y a que été.
N° 2. Z : la langue française n’a
que deux monogrammes, a et y ; été ne peut être précédé de
y, donc Z = a.
N° 7. JBJ : ce groupe ne peut être
que ses ; c’est le seul tri gramme ayant un e au milieu, précédé
et suivi de la même lettre.
N° 8. PBOOYBJ : nous connaissons
déjà cinq lettres de ce groupe, .ett.es ; le seul mot qui réponde à
cette disposition est lettres.
N° 1. SP : les seuls bigrammes qui
peuvent aller avec a été sont ça, il, on ; or P est
un l, donc SP = il.
N° 6. PSXB = lire.
N° 4. CSRRSQSPB : cinq chiffres nous
sont déjà connus : .i..i.ile.
La terminaison ile indique un
adjectif ; en fait d’adjectifs en ile de neuf lettres ayant deux i
dans le corps du mot, le diction naire des rimes ne donne que difficile.
N° 5. CB = de.
Nous avons donc : Il a été
difficile de lire ses lettres.
Plus un cryptogramme est long, et
plus il est facile de le dé chiffrer ; en règle générale une ligne est
suffisante.
Le général Lewal dit dans ses
Etudes de guerre [45]
qu’un chiffre à simple clef garantit suffisamment le secret pour les
besoins ordinaires et « pour des affaires sans importance majeure. »
Je ne sais ce qu’il faut entendre
par affaires sans importance majeure, mais le lecteur a pu s’assurer par le
cryptogramme que je viens d’analyser qu’une dépêche écrite dans les conditions
en question, lorsqu’elle a deux à trois lignes de longueur et qu’on n’a eu
recours à aucun autre artifice, peut en quelque sorte être déchiffrée à vue.
Le chiffre à simple clef ne présente
quelques légères garanties qu’aux trois conditions suivantes :
1° Que la séparation des mots ne
soit pas indiquée dans le texte chiffré ;
2° Que les lettres doubles soient
supprimées ;
3° Qu’on n’emploie ni majuscules, ni
signes d’accentuation ou de ponctuation. Pour éviter les erreurs de
transcription il est même indispensable de fractionner les cryptogrammes en
groupes de quatre ou cinq chiffres [46].
Notre dernière dépêche devrait donc être cryptographiée comme suit il : il a
été dificile de lire ses letres,
= SPZBO BCSRS QSPBC BPSXB JBJPB OXBJ
3° Systèmes à double clef.
Nous avons vu que les chiffres à
double clef sont ceux où l’on change d’alphabet à chaque lettre.
Bien des combinaisons à base
variable ont été imaginées, mais il n’y en a guère que trois ou quatre qui
soient réellement pratiques et qui soient encore en honneur de nos jours ;
quoique différentes pour la forme, elles sont identiques au fond, et reviennent
au système exposé à la fin du xvie
siècle par Blaise de Vigenère. Pendant près de trois siècles elles ont, servi
de chiffre secret à la plupart des petites cours d’Allemagne et d’Italie, et
aujourd’hui encore elles passent pour indéchiffrables aux yeux des personnes
qui ne sont pas au courant des procédés de déchiffrement.
Comme toute méthode d’écriture
cryptographique destinée aux besoins de l’armée doit pouvoir être appliquée à
la télégraphie, nous n’avons à nous préoccuper que des systèmes qui sont
uniquement basés sur l’emploi des lettres ou des chiffres arabes et cela avec
exclusion de toute combinaison exigeant l’emploi simultané des deux [47].
a. Système de Porta.
L’invention du premier système
littéral [48]
à double clef remonte, comme je l’ai dit plus haut, au physicien Porta [49] ;
quoique luimême ait été bien loin de sentir toute l’importance de
l’introduction d’une clef proprement dite dans la méthode des écritures
chiffrées, nous n’en devons pas moins le considérer comme le fondateur de la
cryptographie.
Porta emploie onze alphabets
différents, qu’il désigne, comme on le voit dans la figure ci-après, par les
lettres AB, CC, etc., ou tout simplement par A, C, ou B, D.
Veut-on écrire avec l’un ou l’autre
de ces alphabets, on choisit, pour représenter les lettres du texte en clair,
celles qui, dans

le tableau, leur font face. Ainsi, Si l’on
cryptographie avec l’alphabet D ou C, on représente a par z, et
vice versâ z par a ; b par n et n par b, et
ainsi de suite. Mais pour dérouter les calculs des investigateurs, Porta, en
homme qui sait déchiffrer, recommande d’écrire chaque lettre avec un alphabet
différent ; de plus, pour ne pas obliger les correspondants à prendre les onze
alphabets à la suite, ce qui aurait bien vite trahi le secret, il propose de
n’en adopter que quatre, cinq ou six, et de convenir d’un mot dont les
différentes lettres indiqueront les alphabets qu’il faudra successivement
choisir [50].
Ce mot constitue la clef du cryptogramme ; on l’écrit sous le texte à
chiffrer, et on le répète le nombre de fois nécessaire.
Voici un exemple avec la clef
roi :

L’invention de Porta, avons-nous vu,
ouvre, on quelque sorte, une nouvelle ère dans l’histoire de la cryptographie,
mais elle présente deux grands inconvénients, qui l’ont fait abandonner depuis
longtemps : d’abord le petit nombre de ses alphabets et ensuite la nécessité de
représenter le même alphabet par deux lettres différentes. Par suite de cette
dernière circonstance, un mot de quatre lettres, comme poli, donne une
clef qui ne comporte en réalité que deux alphabets.
b. Chiffre carré ou tableau de Vigenère.
Le chiffre carré, aussi nommé
le chiffre indéchiffrable ou chiffre par excellence, n’est
autre chose que le système de Porta, simplifié par Blaise de Vigenère, qui l’a
exposé, tel qu’il est encore en usage aujourd’hui, dans son Traité des
Chiffres [51].
Le chiffre carré a joui d’un crédit extraordinaire auprès des chancelleries du
xviiie siècle, et, ce qui pourrait
porter à croire qu’on n’a guère trouvé mieux depuis, c’est qu’on s’en est
encore servi, après 1870, au ministère de la guerre.
Dlandol l’a fait connaître au
public, à l’époque de la Révolution, dans un opuscule que j’ai déjà cité. Au
chap. vi, il dit que « ce chiffre a été nommé le
chiffre par excellence, parce qu’il réunit le plus grand nombre d’avantages que
l’on puisse désirer pour une correspondance secrète. Il les réuniroit tous sans
aucune exception », ajoute-t-il, « s’il n’étoit pas d’une exécution un peu
lente ; mais il rachète bien cet inconvénient par la sûreté incroyable dont il
est. Cette sûreté est telle que l’univers entier ne le connoitroit, si on ne
savoit pas le mot de clef convenu entre les correspondants, on pourroit montrer
sa lettre à tout le monde, sans que personne pût la lire. » Certes le citoyen
Dlandol était meilleur patriote qu’habile déchiffreur !
La disposition du tableau de
Vigenère diffère de celle du tableau de Porta, en ce que l’alphabet y est mis
en nombre carré, et qu’on obtient ainsi autant d’alphabets différents
qu’il y a de lettres dans l’alphabet [52].

Quant au maniement de ce tableau, on
procède comme pour le système de Porta ; il faut seulement remarquer que
l’alphabet horizontal supérieur représente l’alphabet normal, et que les 26
autres qui suivent sont les alphabets cryptographiques.
Soit à cryptographier Détruisez
le tunnel avec les trois alphabets correspondant au mot BAC ; on aura :

Rien n’est plus facile que de lire
un cryptogramme écrit dans ces conditions, lorsqu’on en connaît la clef : on
transcrit le texte chiffré par tranches égales au nombre des alphabets choisis,
on écrit en-dessous la clef, et l’on fait l’inverse de la première opération.
Soit donné à déchiffrer e y f d a
o l r a k h h g m h n c f m k. Tunis étant la clef, on trouvera :

Ainsi que nous le verrons plus loin,
les dépêches écrites avec le tableau de Vigenère se déchiffrent très
facilement ; ce n’est que dans des cas exceptionnels que le système peut
présenter quelque sécurité.
c. Système de Saint-Cyr.
Ce système, qui est en usage depuis
longtemps, n’est autre chose qu’une forme déguisée du tableau de Vigenère ;
faute d’une dénomination propre, je l’ai désigné sous le nom de l’école où il
est enseigné et préconisé aujourd’hui.
En voici la description ; elle est
prise dans le Cours d’Art militaire de l’année 1880-1881, tel qu’il a
été autographié pour les élèves de la 1re division [53] :
« L’instrument, y est-il dit, se
compose d’un alphabet fixe, sous lequel glisse un double alphabet
mobile ; deux bandes de papier quadrillé y suffisent [54].

On prend un mot quelconque de 3 à 5
lettres, pour former la clef [55].
Adoptons le mot BAC et prenons la dépêche suivante : Détruisez le tunnel.
« La clef ayant 3 lettres, on
partage également la phrase à chiffrer en groupes de 3 lettres, comme il suit :
dét — rui — sez — let — unn — el ; on chiffre d’abord les premières
lettres de chaque groupe, puis les secondes, et enfin les troisièmes.
« Pour chiffrer les premières, on
place la première lettre de la clef, B, prise sur l’alphabet mobile, sous la
lettre A de l’alphabet fixe (voy. la fig. ci-dessus) ; et, prenant la première
lettre de chacun des groupes de la dépêche sur l’alphabet supérieur, on écrit
la lettre qui lui correspond sur l’alphabet inférieur.
« On passe ensuite aux deuxièmes
lettres des groupes. Pour les chiffrer on place la deuxième lettre de la clef A
sous la lettre A de l’alphabet fixe, et on opère comme nous venons de voir. On
fait de même pour les troisièmes lettres. La dépêche se trouvera donc écrite
comme suit :

« En admettant, ajoute le texte, que
l’instrument soit perdu ou pris, il ne dit rien ; il faut connaître la clef. »
Il est facile de s’assurer que ce
procédé n’est qu’un raccourci du précédent, en comparant dans les deux systèmes
les trois alphabets qui correspondent à la clef BAC.
Chiffre carré.

Système de Saint-Cyr.

Comme ou obtient le même texte
cryptographique avec les deux systèmes, le correspondant ou le déchiffreur
n’ont même pas à se demander avec lequel des deux la dépêche a été écrite [56].
Le seul avantage que ce procédé
présente sur le précédent, c’est que, en cas de perte, l’instrument peut être
refait en deux ou trois minutes de temps. Au point de vue cryptographique, il
n’acquiert une valeur réelle qu’à la condition d’intervertir l’ordre des
lettres dans l’alphabet mobile.
Il est dit dans le Cours d’Art
militaire qu’on pourrait établir l’instrument dans des conditions qui le
rendraient plus portatif en le formant au moyen de deux cercles concentriques,
dont l’un serait mobile et tournerait autour de son axe ; ce serait ce dernier
qui correspondrait au double alphabet.

Cette disposition, qui est
représentée dans la figure précédente, a été imaginée, dès 1563, par Porta [57],
et a reçu depuis de nombreuses applications, telles que le cryptographe de
Wheatstone et les boîtes à cadrans mobiles qu’on a vendues à l’époque de la
guerre d’Italie. Tous ces appareils, dont quelques-uns sont présentés dans des
ouvrages récents de télégraphie comme des inventions merveilleuses, ne sont en
réalité autre chose qu’un simple tableau de Vigenère.
d. Système de Beaufort.
Une modification assez ingénieuse a
été apportée au chiffre carré par l’amiral anglais Francis Beaufort (1857).
Quoiqu’elle paraisse au premier abord n’affecter que le maniement du tableau,
elle altère assez sensiblement le texte cryptographique pour lui donner aux
yeux des non-initiés un véritable air d’indéchiffrabilité. Voici d’abord le
tableau de Beaufort :

Emparez-vous des hauteurs,
chiffré avec la clef BAC, donnera le cryptogramme suivant :

Voyons maintenant comment on
procède. Pointez la lettre e dans le premier alphabet horizontal,
descendez en ligne droite jusqu’à la rencontre de b ; là, faites un
demi-tour, soit à gauche, soit à droite ; avancez jusqu’à l’extrémité de la
colonne, et la lettre x, que vous y rencontrez, est le signe
cryptographique cherché ; et ainsi de suite avec les autres lettres.
Les déchiffreurs anglais, que le
système de Beaufort a tant émerveillés, ne se doutaient certainement pas qu’on
pût obtenir le même résultat
avec les systèmes de Vigenère ou de Saint-Cyr en retournant tout simplement
l’alphabet normal [58].
Il est facile de s’en assurer par
l’inspection des deux figures qui suivent :
Chiffre carré.

Système de Saint-Cyr.

Le résultat serait encore le même
si, au lieu d’intervertir l’ordre des lettres dans l’alphabet normal, on
mettait en nombre carré l’alphabet a z y
x w v u t s r q p o n m l k j i h g f e d c b d’après le principe
suivant :

e. Système de Gronsfeld.
Ce système ne diffère des deux
précédents qu’en ce que le travail peut être fait de tête, au lieu d’exiger le
concours d’un tableau ou d’un appareil quelconque.
Voici comment M. Bontemps,
inspecteur des lignes télégraphiques, s’exprime à ce sujet [59] :
« Supposons qu’on ait choisi pour
clef un nombre quelconque ; sous la phrase qu’on veut transmettre on l’écrit
autant de fois qu’il peut y être contenu, en établissant la
correspondance entre les lettres et les chiffres successifs. On prend pour
lettre à envoyer celle qui est placée dans l’alphabet, à une distance de la
véritable égale au chiffre posé en dessous, et l’on compose ainsi un grimoire
dont il est impossible de découvrir la clef, « fût-on doué de la perspicacité
que suppose à son héros Edgar « Poë dans le roman du Scarabée d’or, ou
de l’intelligence des « agents employés à déchiffrer la correspondance de la
duchesse « de Berry en 1832, d’après le récit qu’on trouve dans les mémoires de
M. Gisquet. »
N’en déplaise à l’auteur que je
viens de citer, le système du comte de Gronsfeld n’est pas beaucoup plus
difficile à déchiffrer qu’un modeste chiffre à simple clef ; il n’est,
d’ailleurs, qu’une forme déguisée du tableau de Vigenère [60].
Reprenons notre exemple, et soit
encore une fois à chiffrer Détruisez le tunnel, avec la clef 102 :
chaque lettre du texte en clair sera respectivement représentée par une autre,
avancé un, un, zéro ou deux rangs :

A la condition de prendre une clef
composée exclusivement de nombres inférieurs à 10, ce système réalise
parfaitement notre troisième desideratum, et offre même, si les nombres
sont très bas, certaines commodités pratiques ; mais ces avantages perdent
considérablement de leur valeur, en présence des facilités que cette
disposition fournit aux investigations des déchiffreurs.
f. Système à clef variable.
Nous verrons plus loin que le
déchiffrement des systèmes à double clef est principalement basé sur la
connaissance du nombre de lettres composant la clef. On a songé à diverses
combinaisons pour empêcher les déchiffreurs d’en faire le calcul ; une des
mieux imaginées est due à un membre de la Commission de télégraphie militaire.
Il propose d’arrêter, à des intervalles irréguliers, l’ordre de succession des
alphabets, tel que t’indique la clef, pour revenir brusquement à la lettre
initiale, ou alphabet premier. Ainsi, si la clef est Epaminondas, au
lieu de la répéter régulièrement par séries de onze lettres, il la coupe
arbitrairement, et il écrit :
epa +
epaminondas epaminondas + epami + epaminon + etc.
Le point d’arrêt est indiqué
par une des lettres de la clef, qu’on intercale aux endroits voulus dans le
texte chiffré. En voici un exemple, où j’ai pris pour lettre d’arrêt la
deuxième de la clef, soit P :

Pour éviter toute confusion dans la
signification attribuée à la lettre d’arrêt, celle-ci est remplacée dans le
texte cryptographique par un chiffre arabe correspondant à la place
qu’elle-même occupe dans le mot de clef ; ainsi, dans l’exemple ci-dessus, où
le P est la deuxième lettre de la clef, on la remplacera par un 2, à tous les
endroits où elle ne doit pas jouer le rôle de lettre d’arrêt.
Avec le chiffre carré nous aurions
le cryptogramme suivant :
r d u e P t 2 r f w a g P h t P q 2 a
z.
Pour empêcher le déchiffreur de
faire un tâtonnement sur les premières lettres de la dépêche, on la fait
précéder de quelques nulles, en ayant soin d’indiquer par la lettre
d’arrêt le point où commence le texte vrai. Notre cryptogramme pourrait donc
s’écrire finalement :
x m o p r d u e p t 2 r f w a g p h t
p q 2 a z.
Aug. Kerckhoffs,
Docteur ès lettres,
Professeur à l’École des hautes études
commerciales et à l’École Arago.
(A continuer.)

[1] C’est sous la
rubrique : Stéganographie, chiffre ou écritures secrètes, que
certains dictionnaires encyclopédiques donnent les renseignements qui se
rapportent à la cryptographie. Les anciens auteurs l’appellent plus ou
moins correctement : ars notarum, ars zipherarum, polygraphia,
scotographia, cryptologia, steganologia, cryptomenytices, etc. ; les
Allemands disent aujourd’hui : Geheimschrift ou Chiffreschrift
et les Anglais : cryptography.
[2] Lettres mises entre
les semelles du messager, communications cachées dans un ulcère du porteur
on dans les pendants d’oreilles des femmes, dés percés de 24 trous à
travers lesquels passe un fil,
pigeons voyageurs, etc. Æneas (ive
siècle avant J. C.) est le plus ancien des
auteurs militaires dont nous ayons des écrits ; le chap.
xxxi
de ses Commentaires sur la défense des places (traduits par le
maréchal de camp Beausobre, 1757) est consacré aux lettres chiffrées et
à la manière de les faire parvenir secrètement.
[3] L’invention de
Kessler, que le colonel Laussedat a rappelée dans une de ses conférences,
se trouve exposée dans un petit livre devenu très rare, publié en 1616 à
Oppenheim, et intitulé : Unterschiedene bisshero mehrern Theils secreta
oder Verborgene geheime Künste.
[4] Histoire romaine,
livre
x,
chap. 44-48.
[6] Chap.
xl,
9 ; chap.
xli,
3.
[7] César, chap.
56 ; Octave, chap. 88.
[8] Nuits attiques,
livre
xviii,
chap. 9
[10] Ce que l’on trouve
dans le Cestes, ouvrage sur l’art militaire attribué à Jules
l’Africain, et dont une traduction française a été donnée dans les
Mémoires critiques et historiques de Guischardt, n’est guère autre
chose qu’une copie des Commentaires d’Æneas. — Philon de Byzance, l’auteur
de la Poliorcétique, qui vécut au
iie
siècle avant J. C., avait composé tout un traité sur l’Envoi des lettres
secrètes, mais cet ouvrage a été perdu.
[12]
Gustavi
Seleni, Cryptomenytices et cryptographiæ
libri
ix,
1624.
[13] Voy.
Commentaires sur la défense des places, p. 145, Note du traducteur.
[14] On trouve le
précepte suivant dans le Breviarium Politicorum du cardinal
Mazarin : Scribere secreta manu tua ne graveris, nisi per zifras scribas.
[15] Cf.
Bardin,
Dictionnaire de l’Armée de terre, 1843.
[16] Manuscrit de
1812, contenant le précis des événements de cette année, pour servir à
l’histoire de Napoléon ; 1827. — Le colonel Fleissner (Handbuch der
Kryptographie) lui attribue même, mais à tort, l’invention d’un nouveau
chiffre.
[17] Tactique de
marche, 1876.
[18] Voy. l’article
Chiffre stéganographique.
[19] Le capitaine Henri
Berthaut, auquel je fais allusion, est certainement un des plus habiles
déchiffreurs de l’état-major.
[21] Dictionnaire
philosophique, article Poste. Il est assez curieux de voir le
comte Clarendon, dans une lettre écrite cent ans auparavant au docteur John
Barwick, s’exprimer en termes analogues sur le compte des déchiffreurs :
« I have heard of many of the pretenders of that skill, and have spoken
with some of them, but have found them all to be mountebanks. »
[22] Le Contr’espion,
ou les clefs de toutes les correspondances secrètes.
[23] Les renseignements
bibliographiques n’ont été donnés qu’en vue des personnes qui voudraient
approfondir la question ; ils leur seront d’autant plus utiles que, à deux
ou trois exceptions près, les ouvrages cités se trouvent tous à la
Bibliothèque nationale.
[24] Je me propose de
publier bientôt un travail complet sur les différents systèmes de
cryptographie ; j’y rendrai volontiers compte de toute nouvelle combinaison
qu’on voudra bien me communiquer, pourvu qu’elle ait quelque valeur au
point de vue pratique.
[25]
Voy.
Kluber,
Kryptographik, chap.
xiii.
Du
Moncel, Exposé des applications de
l’électricité, III, p. 530.
[26] Comme la somme des
lettres du texte en clair doit former un multiple du nombre des colonnes
horizontales, on ajoute, s’il y a lieu, le nombre de nulles
nécessaire pour remplir la colonne finale ; il en faudra cinq ici.
[27] Un appareil imaginé
par un architecte de Paris, M. Rondepierre, et auquel celui-ci a donné le
nom de Phyrographe, est construit sur ce principe.
[28] C’est une faute
très grave de la part de celui qui a imaginé le système.
[29] Je suppose que si
la même lettre se trouve répétée, on compte les répétitions comme autant de
lettres se suivant alphabétiquement. Par exemple :

[30] Ce procédé parait
avoir été inventé, au
xvie
siècle, par le mathématicien italien Jérôme Cardan. Voir son livre De
subtilitate, traduit en français par Richard Leblanc, De la
subtilité et subtiles inventions. Paris, 1556. — Voir également de
Prasse, De Reticulis crytographicis. Leipzig,
1799.
[31]
Handbuch der Kryptographie,
von
Fleissner von Wostrowitz ; Wien, 1881.
[32]
Suétone,
Octave, chap. 88;
Isidore Orig.,
i, 24.
[33]
Suétone,
César, chap. 56 ;
Aulu-Gelle,
Nuits attiques, liv.
xvii,
chap. 9.
[34] On rencontre dans
la Bible des exemples analogues d’interversion : le prophète Jérémie (chap.
xxv,
26) écrit, par exemple, Sheshach, au lieu de Babel,
remplaçant ainsi les deux consonnes b, l par les lettres
sh et ch, qui occupent le même rang dans l’alphabet hébraïque,
lorsqu’on les compte de droite à gauche.
Polygraphiæ libri VI ;
composés, d’après la préface, en 1508. Il en a été fait une traduction par
Gabriel de Collange : La Polygraphie et universelle escriture
cabalistique de Jean Trithème ; Paris, 1561.
[35]
Plusieurs ouvrages de
cryptographie ou de stéganographie ont été publiés sous le nom de l’abbé
Tritheim (1462–1516), sans qu’on puisse savoir au juste ce qui s’y trouve
de lui (Cf.
Schott,
Schola steganographica,
vii).
Je ne crois pas qu’on doive lui attribuer autre chose que l’invention d’un
système d’écriture secrète, où les lettres sont remplacées par des mots
choisis de manière à former, par leur réunion, une missive ou une prière,
sous les apparences desquelles il est impossible de soupçonner l’existence
d’un message secret (imité dans la Cryptographie de Du Carlet,
1644). Il a réalisé ainsi le grand rêve de son temps, le modus sine
secreti suspicione scribendi. Je ne vois donc pas de quel droit les
Allemands et autres l’ont proclamé le père de la cryptographie moderne. Il
me semble que ce titre ne peut revenir qu’à Porta (1540–1615), l’inventeur
du premier système littéral à double clef, et je crois rendre à
César ce qui revient à César en associant au nom du physicien italien celui
d’un diplomate français, Blaise de Vigenère (1523–1596), qui a le premier
exposé, dansson Traité des chiffres, le maniement du chiffre carré,
tel qu’il est en usage depuis trois siècles.
[36] De furtivis
litterarum notis, vulga de ziferis ; Naples, 1563.
[37] Traicté des
chiffres, ou secrètes manières d’escrire ; Paris, 1586.
[38] Voy.
Kluber,
Kryptographik, p. 122.
[39] Mémoire de Beguélin,
lu à l’Académie des sciences et belles-lettres de Berlin; tome XIV, p. 369.
[40] Voy.
Kluber,
loc. cit., p. 79.
[41] Outre les auteurs
déjà cités, on peut encore consulter :
Hanedi,
Steganologia et steganographia nova (texte allemand) ; Nuremberg,
1617.
Seleni,
Cryptomenytices et cryptograghiæ libri
ix ;
1624.
Frederici,
Cryptographia oder Geheime correspondentz ; Leipzig, 1685.
L’article Cypher, dans l’Encyclopædia
de Rees, 1819, et l’article Cryptography dans l’Encyclopædia
Britannica, 1877.
Lacroix,
La Cryptographie, ou l’Art d’écrire en chiffres ; Paris, 1858.
[42] Comme nous avons
déjà les termes cryptographie, cryptographique,
cryptogramme et cryptographe, il doit être permis de compléter
la série des composés par l’adoption du verbe cryptographier.
[43] Les lettres qui
reviennent le plus souvent en allemand sont dans l’ordre de leur
fréquence ; E, N, i, r, s ; t,
u, d, a, h. En anglais, ce sont : E, T,
a, o, n, i, r, i, h, d,
l.
[44] Le premier traité
de cryptographie où il soit question de principes de dé chiffrement est dû
à Porta ; c’est le livre que j’ai mentionné plus haut : De
furtivis litterarum notis.
Les principaux ouvrages qui ont
traité le même sujet sont par ordre chronologique :
L’Interprétation des chiffres,
tiré de l’ilalien de Cospi, par F. I. F. N. P. M. (Père
Nicéron) ;
Paris, 1641.
Gravezande,
Introduction la philosophie ; Leyle, 1737, chap.
xxxv.
Ce chapitre a été souvent reproduit. et se trouve, entre autres, dans le
Dictionnaire encyclopédique de Diderot et dans la Cryptographie
de Lacroix.
Breithaupt, Ars decifratoria
sive occultas scripturas solvendi et legendi scientia ; Helmstadt, 1737.
John
Davys, An Essay on the art of
decyphering ; 1737
Conrad, Cryptographia denudata,
sive ars deciferandi ; Leyde, 1739.
Thickenesse, A treatise on the
art of decyphering ; 1772.
Kluber,
Kryptographik ; Tuhingue, 1809
Vesin de Romanini,
La Cryptographie dévoilée ; Paris 1857.
Kasiski,
Die Geheimschriften und die Dechiffrirkunst ; Berlin, 1863.
Fleissner von Wostrowitz,
Handbuch der Kryptographie ; Vienne, 1881.
On peut aussi lire avec fruit le
chap.
xv
du Scarabée d’or, les Ecritures secrètes dévoilées, de
Charles Joliet, ainsi qu’un excellent article de Prodhomne, dans le
Dictionnaire des connaissances humaines de Lunel.
[45]
Tactique des renseignements, p.
76.
[46] Comme
l’administration des télégraphes compte les dépêches secrètes par groupes
de cinq, le fractionnement en pentagrammes est préférable.
[47] Je dis littéral,
c’est-à-dire basé sur l’emploi des lettres, parce que Tritheim avait déjà
songé, cinquante ans auparavant, à employer des séries de mots et de
phrases pour correspondre aux lettres du texte en clair.
[48] Je dis littéral,
c’est-à-dire basé sur l’emploi des lettres, parce que Tritheim avait déjà
songé, cinquante ans auparavant, à employer des séries de mots et de
phrases pour correspondre aux lettres du texte en clair.
[49]
De furtivis litterarum notis,
lib
ii,
cap. 16.
[50] M. Fleissner
attribue l’invention de ce système à Napoléon Ier ; ce n’est pas
la seule erreur historique ou bibliographique qu’il y ait à reprocher à
l’écrivain autrichien.
[52] Le Père Kircher (Polygraphia
nova et universalis ; Rome, 1663) a remplacé les lettres du tableau de
Vigenère par des nombres, d’où le nom d’Abacus numeralis donné à son
système. Seulement, au lieu d’écrire le texte cryptographique de la façon
ordinaire, Kircher prend une page d’écriture quelconque, et indique les
nombres du cryptogramme par des points placés sous les lettres, à des
intervalles correspondant à la valeur des nombres obtenus. Schott a
commenté le système du Père Kircher dans sa Schola stenographica ;
de là que beaucoup d’auteurs, Larousse entre autres, lui en ont attribué la
paternité.
[53]
On trouve également une description de ce système dans
Bartels, Leifaden für den Unterricht auf
den königlichen Kriegsschulen ; Berlin, 1881.
[54] Une maison de
Berlin (Egert, 61, Kochstrasse) a fabriqué un appareil mécanique pour
cryptographier avec ce système.
[55] Nous verrons plus
loin que si les correspondants prenaient cette recomman dation à la lettre,
il faudrait à peine une demi-heure pour déchiffrer sans clef toute
dépêche cryptographiée d’après ce système.
[56] Lorsque l’alphabet
est « interverti » (voir plus loin), le système de Saint-Cyr donne un texte
différent.
[57] Cf
Colorni,
Scotographia, overe Scienza di scrivere oscuro ; Prague, 1593.
[58] Il est probable que
l’amiral anglais lui-même n’a jamais cru à la possibilité de transformer
son système en chiffre carré ordinaire ; on ne s’expliquerait pas, sans
cela, que M. Morris Beaufort réclame encore énergiquement en ce moment,
pour son illustre père, l’honneur d’avoir doté son pays d’un système de
cryptographie indéchiffrable (Cryptography a system of secret writing,
by the late admiral sir Francis
Beaufort).
[59]
Les systèmes télégraphiques aériens, électriques,
pneumatiques ; Paris, 1876, p. 261.
[60] Dans une conférence
faite, en 1873, à la Société des Sciences militaires de Vienne, le Dr
Orges a soutenu que ce chiffre avait été inventé par le général Trochu (voy.
Fleissner, loc. cit., p. 19).
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Wednesday, 27 July 2011 09:02:50 +0100
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